Le Projet de loi de finances pour 2027 (PLF) dont le contenu précis sera dévoilé au plus tard le 6 octobre, prévoit un effort budgétaire d’environ 54 milliards d’euros. Les structures d’hébergement ou d’insertion par l’activité économique, les personnes précaires et les personnes exilées sont particulièrement exposées aux conséquences de cette austérité budgétaire, alors que les besoins augmentent. Aux côtés d’autres associations concernées, Emmaüs est mobilisé et alerte les parlementaires pour faire en sorte que le prochain budget de l’Etat soit le plus juste, ou le moins injuste possible.
Hébergement
Au niveau national, le parc généraliste d’hébergement a été officiellement maintenu à 203 000 places pour 2026. Mais le Sénat estime que les crédits prévus pour 2026 sont insuffisants pour atteindre réellement ce nombre de places. De plus, les associations (La FAS, l’UNICEF, la Fédération nationale des Samu sociaux) estiment qu’il faudrait 10 000 places supplémentaires, soit 213 000 places, pour répondre aux besoins. A Paris, la préfecture a pourtant déjà demandé la suppression de 850 places de nuitées hôtelières en juin 2026, ce qui a notamment déclenché la grève du Samu social de Paris. L’insuffisance des places d’hébergement d’urgence entrainera concrètement la multiplication des situations de sans-abrisme. Chaque année, Emmaüs héberge près de 12 000 personnes, dans des dispositifs adaptés aux besoins spécifiques des personnes accueillies (centres d’hébergement d’urgence, centres d’hébergement et de réinsertion sociale, centres d’accueil pour demandeurs d’asile, places d’hébergement pour des personnes victimes de violences intra-familiales…).
Logements sociaux
Dans le PLF 2026, on note une baisse des crédits dédiés à la construction de logements sociaux, passant de 166 millions d’euros à 142 millions d’euros, une ponction de 2,175 milliards d’euros sur les organismes HLM qui réduisent leurs capacités d’investissement, et environ 750 millions d’euros de moyens en moins pour la rénovation et la construction selon le Conseil national des politiques de lutte contre la pauvreté et l’exclusion sociale. Parallèlement, selon l’IGF, 810 000 demandes de logement social supplémentaires ont été déposées entre 2017 et 2025, tandis que l’on dénombre une diminution de 93 000 attributions. La crise du logement social implique que davantage de personnes restent dans l’hébergement d’urgence, vivent chez des tiers ou à la rue, entraînant des difficultés d’accès à l’emploi, à la santé, à une scolarité stable pour les enfants… et renforce donc la précarité de personnes déjà fragilisées d’un point de vue économique et social. A travers ses différentes structures, le mouvement Emmaüs gère 16 500 logements sociaux qui permettent de loger près de 45 000 personnes chaque année.
Insertion par l’activité économique (IAE)
Le PLF 2026 prévoyait initialement une baisse des crédits de l’IAE de près de 30 %. La loi de finances 2026 a finalement rétabli les crédits de l’IAE à près de 1,4 milliard d’euros, grâce à une importante mobilisation des acteurs et actrices de l’IAE. Mais une nouvelle baisse est annoncée dans le PLF 2027. Pour les personnes qui ne pourront pas accéder aux structures d’insertion en raison des coupes budgétaires, les conséquences seront le maintien dans une situation de chômage, une perte de pouvoir d’achat avec le risque de basculement dans la pauvreté. Pour les entreprises, cela signifie moins de personnes formées, et pour la collectivité, des dépenses supplémentaires en aides sociales (RSA, allocation chômage…). Emmaüs accompagne 13 275 salarié.es en insertion chaque année, offrant aux personnes éloignées de l’emploi la possibilité de (re-)trouver une activité professionnelle pérenne dans un cadre sécurisé et adapté, ainsi qu’un accompagnement social.
Personnes précaires
Le 18 septembre dernier, dans le cadre de la présentation de son effort budgétaire de 54 milliards d’euros pour 2027, le Premier ministre Sébastien Lecornu a annoncé vouloir « recentrer » l’allocation de rentrée scolaire (ARS), estimant qu’elle « n’est pas toujours en lien avec les besoins des familles », et a évoqué l’ouverture d’une concertation sur le sujet. Il a par ailleurs indiqué que la branche famille de la Sécurité sociale « mérite une mise à plat », n’excluant pas des économies sur les prestations familiales, alors que les autres minima sociaux (minimum vieillesse, RSA, AAH) seraient, eux, préservés.
Cette annonce nous inquiète. Elle intervient alors que nous publiions cet été, au sein de l’Observatoire Emmaüs des Budgets Contraints, un rapport consacré précisément à l’usage réel de l’ARS par les familles modestes. Fondé sur l’analyse de 1 793 ménages accompagnés par le réseau SOS Familles Emmaüs et sur 20 entretiens qualitatifs, ce rapport documente au contraire une allocation massivement dédiée aux besoins des enfants, dans des budgets déjà très contraints : sans les prestations sociales, 82 % des ménages accompagnés basculeraient sous le seuil de pauvreté, et l’ARS joue un rôle déterminant au moment de la rentrée. La rogner reviendrait à fragiliser directement les familles qui en dépendent le plus.
Personnes exilées
Alors que l’on investit 2,5 milliards d’euros dans les contrôles aux frontières et l’éloignement, les moyens dédiés à l’accueil, aux démarches administratives de régularisation, à l’accompagnement social sont très largement insuffisants. De plus, Sébastien Lecornu a annoncé l’introduction possible, dans le PLF 2027, de délais de carence supplémentaires avant que les personnes étrangères en situation régulière ne puissent bénéficier de certaines prestations sociales. Chaque année, 7000 personnes exilées sont accueillies aux frontières dans les refuges solidaires Emmaüs.