Ces dernières années, des liens se sont tissés entre plusieurs groupes Emmaüs et les Centres d’information sur les droits des femmes et des familles (CIDFF) de leurs départements. Grâce à ces partenariats, les personnes accueillies, en particulier les femmes et les personnes exilées, bénéficient d’un accompagnement au plus près de leurs besoins, pour mieux comprendre et faire valoir leurs droits.
C’est pour apporter à une compagne victime de violences conjugales une information juridique sur ses droits qu’Anastasia Kramp, intervenante sociale à Emmaüs Limoges, s’est rapprochée du CIDFF local en 2024. Des liens se sont créés entre les deux structures depuis cette première prise de contact, pour travailler ensemble sur l’accès aux droits des compagnes et compagnons de la communauté. En deux ans, une dizaine de personnes ont été orienté·e·s vers le CIDFF pour des entretiens juridiques individuels. Des temps d’information ont également été proposés à l’ensemble de la communauté, afin de sensibiliser aux violences sexistes et sexuelles et à la notion de consentement. D’autres actions collectives ont été menées auprès des personnes exilées, afin de les éclairer sur ce qui changerait pour leurs droits si elles quittaient la communauté.
Pour Anastasia Kramp, travailler avec le CIDFF lui permet de mieux comprendre les questions juridiques et d’être au courant des mises à jour, qui sont fréquentes. « C’est essentiel pour pouvoir transmettre les bonnes informations aux compagnes et compagnons. Et c’est important aussi que les personnes identifient des structures ressources pour la suite de leur parcours, en dehors de la communauté », précise-t-elle.

En Mayenne, le partenariat entre Emmaüs 53 et le CIDFF local se concentre sur deux thématiques : la recherche d’emploi en France et la régularisation administrative. Depuis 2018, un article de la loi « Asile et immigration » autorise les compagnes et compagnons accueilli·e·s depuis au moins 3 ans dans une communauté à déposer une demande d’admission exceptionnelle de séjour. Pour cela, chaque personne doit justifier d’une démarche de projet professionnel. « L’accompagnement vers l’emploi ne fait pas partie de la formation du travailleur social. Bénéficier d’une intervention extérieure est une plus-value pour notre travail. Les personnes ont accès à des outils pour faire respecter leurs droits et faciliter leur orientation professionnelle » affirme Sophie Margottin, intervenante sociale.
98, c’est le nombre de CIDFF présents sur tout le territoire, en France métropolitaine et en Outre-Mer. Leurs équipes sont composées de juristes qui informent, accompagnent et orientent, de manière confidentielle et gratuite, sur différents sujets allant de la santé à la recherche d’emploi. Leur expertise est un soutien local complémentaire au travail mené par les intervenantes sociales des groupes Emmaüs.
Les CIDFF peuvent également être prescripteurs, c’est-à-dire orienter les personnes qu’ils accompagnent vers l’une des 51 structures de l’Insertion par l’Activité Économique du Mouvement Emmaüs. Ce type d’échange existe depuis quelques années à Terre de Milpa (69), qui accueillent des femmes en situation d’exclusion pour les initier aux activités de maraîchage. Les structures d’hébergement Emmaüs telles qu’Habitat Solidarité Saumur (49) peuvent quant à elles accueillir des victimes de violences conjugales orientées par les CIDFF, pour une mise à l’abri d’urgence.

Afin d’accélérer la dynamique locale, Emmaüs France et la Fédération nationale des CIDFF ont signé en octobre dernier un partenariat qui invite les structures de leurs réseaux à se rapprocher. Cela peut se traduire par l’orientation du public vers la structure partenaire, des formations, des actions de prévention ou la participation à des projets communs. Au niveau national, les deux fédérations souhaitent porter des études et un plaidoyer commun sur l’accès aux droits des populations les plus fragiles.
Dans un contexte de plus en plus défavorable aux libertés associatives et marqué par les baisses de subventions, ces exemples de rapprochements entre les structures sont précieux. Ils illustrent la nécessité de mettre en réseau, de partager les ressources et de faire ensemble, pour apporter des solutions alternatives et concrètes en faveur de l’inclusion sociale.