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Sans-Abri, Mal-Logés : les Oubliés de la République

Face à la détresse sociale et à la pauvreté trop peu prises en compte par les pouvoirs publics, le Collectif des Associations Unies, dont fait partie Emmaüs, tire la sonnette d'alarme.

Malgré un discours gouvernemental volontariste, en particulier sur la politique du logement d’abord, les acteurs associatifs sont les témoins quotidiens d’une détresse sociale à laquelle les pouvoirs publics ne répondent pas. Une grande pauvreté qui occupe une place trop limitée dans le cadre du grand débat organisé à la suite de la mobilisation du mouvement des « gilets jaunes ». Devant cette situation, le Collectif des associations unies tire aujourd’hui la sonnette d’alarme.

Le Collectif des associations unies appelle à la fin de la gestion saisonnière de la grande exclusion et à des politiques publiques qui ne laissent personne sur le bord de la route. Fortes de leur expérience, les 36 associations du Collectif réaffirment que l’exclusion n’est pas une fatalité. Des solutions existent et la situation impose à la puissance publique, gouvernement et collectivités territoriales réunies, de déployer en urgence les moyens nécessaires pour mettre en œuvre la protection qui s’imposent pour les personnes sans-abri ou mal-logées, en situation de grande détresse sociale.

Des milliers de ménages – parfois en famille avec enfants – sont contraints de dormir sur les trottoirs, dans des abris de fortune, aux urgences de l’hôpital, du fait de la saturation des dispositifs d’urgence ou faute de pouvoir se maintenir dans leur logement ou accéder à un toit stable. Les remontées de terrain sont dramatiques : à Paris ce sont 3.622 personnes à la rue qui ont été recensées le 7 février dernier par les maraudes citoyennes de la Nuit de la solidarité pour 3.035 l’année dernière.

Les dysfonctionnements du 115

A territoire constant, le nombre de sans-abri a augmenté de 10 % dans la capitale en un an. A Lyon, cet hiver, le 115 n’avait plus aucune place à attribuer aux personnes isolées.  A Toulouse, sur 100 personnes qui appellent au 115, moins de 10 arrivent à avoir quelqu’un au téléphone. Et, dans 95% des cas, il n’y a pas de solution. En Seine-Saint-Denis, ce sont en moyenne 250 personnes, majoritairement en famille, chaque jour, qui n’obtiennent pas d’hébergement. La situation est telle qu’entre 60 et 70% de sans-domicile que l’on rencontre en maraude n’appellent même plus le 115.

Face à ces drames, l’Etat responsable de l’hébergement n’est pas resté inactif et a montré sa volonté de mieux anticiper ces situations avec les associations. Des milliers de  personnes sont temporairement mises à l’abri dans des centres d’hébergement d’urgence ouverts pour l’hiver. Mais de nombreuses places d’hébergement précaires sont ouvertes dans des gymnases, casernes, bâtiments préfabriqués, hôtels, et présentent trop souvent des conditions de vie très difficiles : promiscuité, manque d’intimité, errance le jour de personnes accueillies uniquement la nuit, absence d’accompagnement social et de perspective de sorties vers le haut…

Le printemps sera synonyme d’angoisse

Et cette année encore, le printemps sera synonyme d’angoisse et d’appréhension pour les milliers de personnes les plus exclues de notre société, car il signifie la fin du plan hiver et de la trêve des expulsions locatives. Des milliers de places qui ont ouvert temporairement vont en effet progressivement fermer d’ici juin, comme s’il était plus facile et acceptable de dormir dans la rue en été qu’en hiver. Nous demandons en conséquence aux pouvoirs publics –Etat et collectivités locales – à ce qu’aucune personne hébergée dans le cadre des places hivernales ne soit remise à la rue sans solution de relogement ou d’hébergement avec un accompagnement adapté, quel que soit le statut administratif de la personne.

Le 31 mars marquera également la fin de la trêve hivernale sur les expulsions locatives et les évacuations de bidonvilles. Il faut prendre la mesure des dégâts provoqués par ces fléaux. En 2017, on comptait près de 126.000 décisions de justice prononcées pour impayés de loyer, soit 50% de plus qu’en 2001. Par ailleurs, plus de 15.500 ménages ont été expulsés de leur logement par la police ; un nouveau record malgré les alarmes répétées des associations.

Derrière ces chiffres, il y a des ménages fragilisés, pris en étau entre la hausse des coûts du logement et la précarité de leurs ressources. En danger, ces personnes craignent de se retrouver à la rue, de voir leurs enfants déscolarisés, et leur état de santé se dégrader. Le Collectif réitère donc sa demande de moratoire temporaire des expulsions locatives avec dédommagement des propriétaires, accompagné d’une réelle politique de prévention et d’accompagnement social des ménages dès les premières difficultés à payer leur loyer.

Les avancées législatives récentes en matière de prévention des expulsions ne pourront être mises en œuvre qu’accompagnées de moyens conséquents supplémentaires (augmentation du Fonds de dédommagement des propriétaires, diagnostic social obligatoire, mobilisation des CCAPEX, adoption d’une garantie universelle des loyers…). Les fonds de Solidarité logement des départements, qui visent à aider financièrement les ménages en difficulté d’accès au logement ou de maintien dans leur logement, doivent également être davantage dotés au regard des besoins dans notre pays. Par ailleurs, la circulaire de 2018 visant la résorption des bidonvilles doit impérativement être mise en œuvre de manière volontariste, de façon à apporter une réponse rapide et digne aux 16.000 personnes qui survivent dans des conditions d’habitat déplorables.

Le droit au logement doit devenir effectif pour tous

La situation que vivent les 4 millions de personnes mal-logées et sans-abri résulte d’une insuffisance chronique de mobilisation et d’investissement de la puissance publique pour apporter des réponses adaptées, tant quantitativement que qualitativement. Dans ce contexte, les coupes budgétaires sans précédent adoptées par le gouvernement dans les APL destinées aux ménages pauvres et modestes, dans les aides à la construction de logements sociaux ou aux centres d’hébergement d’insertion, ne feront qu’aggraver une situation déjà extrêmement tendue.

Ces coupes injustes confirmées dans le budget 2019 amputent par ailleurs sérieusement la capacité de mise en œuvre effective dans les territoires de la politique du « logement d’abord ». Malgré certaines avancées en matière de production de pension de famille, de places en intermédiation locative ou d’orientation de l’hébergement vers le logement social, cette politique peine à changer d’échelle et à offrir des solutions durables aux personnes sans domicile ou mal-logées.

Pour que le droit au logement devienne effectif pour tous, le Collectif exige l’activation de tous les leviers permettant d’augmenter massivement les aides et l’offre de logements disponibles pour les ménages à faibles ressources. Les pouvoirs publics doivent, dès à présent, travailler à rétablir la justice sociale dans notre pays. En faisant respecter le droit au logement sur les territoires et en offrant la possibilité à tous de s’insérer durablement dans la société, c’est la cohésion sociale du pays tout entier qui s’en trouvera ainsi renforcée.

Pour le Collectif des Associations Unies,

Christophe Robert délégué général de la Fondation Abbé Pierre et Florent Guéguen directeur de la Fédération des acteurs de la solidarité.

Tribune publiée sur L’Obs, le 21/02/2019

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