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« Il est de plus en plus difficile de sortir de la pauvreté »

Le huitième rapport de l’Observatoire National de la Pauvreté et de l’Exclusion Sociale a été rendu public le 2 juillet 2014 à Paris. Organisé en deux parties, il présente dans un premier temps les évolutions et caractéristiques de la pauvreté en France, puis, dans un second temps, une analyse sur la pauvreté et l’exclusion sociale en Europe. Thierry Kuhn, président d'Emmaüs France, revient sur les principaux enseignements de ce document et sur les réponses proposées par le Mouvement Emmaüs.

Quels sont les principaux enseignements du rapport 2013 – 2014 de l’Observatoire National de la Pauvreté et de l’Exclusion Sociale (ONPES) ?

Le dernier rapport de l’ONPES confirme un de nos constats : la crise, loin de se résorber, s’amplifie et s’intensifie. La pauvreté s’enracine dans le pays : les plus pauvres ont vu leurs revenus baisser, tandis que les personnes les plus aisées ont vu les leurs augmenter. Les inégalités continuent de se creuser, inexorablement, et elles n’ont pas été corrigées par la redistribution fiscale et sociale, loin de là. Autre constat : il est de plus en plus difficile de sortir de la pauvreté ; il y a un risque réel de basculer définitivement, « l’irréversibilité », pour ceux que le rapport nomme les « actifs découragés ». Plus qu’une crise économique ou sociale, c’est à une véritable crise du modèle économique actuel que nous assistons.

Les inégalités se creusent, la pauvreté s’enracine pour certains publics… Ce sont des réalités que vous constatez sur le terrain ?

En effet, dans toutes nos structures, des personnes qui ne trouvent plus leur place au sein de cette société frappent à nos portes. Il y a une vraie dégradation des situations vécues, et certains publics, que l’on retrouve à Emmaüs, sont touchés de plein fouet par la pauvreté : familles monoparentales, jeunes, migrants… Dans toutes les structures du Mouvement, l’approfondissement de la pauvreté est rendue visible par les parcours chaotiques des personnes, par la multiplication des contrats précaires, par le cumul des difficultés… La fatalité gagne du terrain. Le sentiment qu’il n’y a pas de solution ou que l’unique réponse est « il n’y a pas de place pour toi » se généralise…

Pourtant, par l’action quotidienne de ses 283 groupes sur le terrain, le Mouvement Emmaüs ne montre-t-il pas que des solutions existent ?

Oui, depuis plus de 60 ans, le Mouvement Emmaüs est la preuve qu’il y a des alternatives, que l’on peut résoudre des situations différentes en apportant des réponses complémentaires. Dans le modèle social actuel, on veut que la personne s’adapte à des dispositifs spécifiques, qu’elle entre dans des cases, alors que ce doit être l’inverse : si on veut que cela fonctionne, il faut proposer des réponses « sur-mesure », adaptées aux personnes et à leur vécu. Communautés, SOS Familles Emmaüs, centres d’hébergement, structures d’insertion… Le Mouvement Emmaüs propose ainsi des solutions diverses en termes d’accueil, d’hébergement, de logement, d’activité et d’accompagnement global.

Une multitude de réponses est donc nécessaire. Qu’est-ce qui permet au modèle Emmaüs de fonctionner ?

La grande force du Mouvement Emmaüs ? C’est un modèle économique au service du projet social et de l’humain, qui lui donne une indépendance et qui est porté par le désir de solidarité. Ce modèle crée de la richesse économique et des emplois (+ 14% de création d’emplois entre 2011 et 2012 au sein du Mouvement) et favorise le lien social et la solidarité. Il est donc possible de créer de l’activité tout en privilégiant les hommes et non la concurrence des uns contre les autres, tout en étant à l’écoute des besoins et des problématiques de chacun.

Les associations, et notamment le Mouvement Emmaüs, prouvent par leur action que des solutions sont possibles pour lutter contre l’exclusion. Pourtant, la pauvreté s’enlise… Que faut-il faire aujourd’hui pour inverser la tendance ?

Il faut réinterroger le modèle économique dominant. Un autre modèle, qui remet l’Homme au centre, est possible et nécessaire : le secteur de l’Economie Sociale et Solidaire en est un bon exemple, puisqu’il permet la redistribution et la création d’emplois, plutôt que la mise en concurrence et l’enrichissement de quelques uns… Second point, la redistribution des richesses, par une réforme fiscale et par la remise à plat des minimas sociaux notamment. Troisième volet, la question de l’accès aux droits pour les personnes les plus en difficultés, comme l’accès au logement pour tous ou encore l’accès à la formation et à l’emploi pour ceux qui en sont les plus éloignés. Enfin, il est nécessaire d’apporter davantage de soutien aux structures qui apportent des réponses et qui ont fait leur preuve. Comme l’indique le rapport de l’ONPES dans ses conclusions, la lutte contre la pauvreté et l’exclusion est aujourd’hui l’affaire de la « mobilisation de la société elle-même », et non pas seulement de l’Etat ou de l’entreprise… C’est une question de volonté politique, certes, mais également d’engagement de tous les acteurs de la société.

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